Monde des Rêves 2.0 de Salomon Koubatsou

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Chapitre 6: Véronique

 

 

   Les jours passent et le temps passe. Mais ce n'est pas cela qui me lassera du blond Rémi. Ce dernier est penché sur la barrière d'un pont enjambant un bras de périphérique, la tête amorphe posée dans ses paumes, le regard accroché à la circulation effrénée, l'esprit déconnecté depuis une heure.

 

  Je me tiens à sa gauche dans la même position que lui; à la différence près que mes yeux pénétrants n'ont d'intérêt que pour ses pâles pommettes. Il semble ne me prêter aucune attention. Néanmoins, et comme je m'y attendais, il finit par s'ouvrir:

 

-Pourquoi moi? Pourquoi passes-tu ton temps à me harceler de la sorte alors qu'il te suffirai d'une seconde pour en finir avec ma vie? Pourquoi joues-tu avec moi comme avec un morceau de viande? Pourquoi moi et pas un autre? Qu'est-ce que j'ai qui puisse t'attirer?

 

J'esquisse un demi-sourire en sentant la détresse patauger dans sa voix, lui donnant un timbre des plus touchants:

-Parce qu'il faut bien que quelqu'un t'entraîne vers une voie.

 

Un frisson parcours ma cible. Je me rapproche de lui de façon à toucher nos épaules et ce contact le terrifie d'avantage.

 

-Comment ça? Panique-t-il. De quel voie parles-tu? Et pourquoi devrais-tu t'occuper de quoi que ce soit à ma place?

 

Il commence à m'agaçer un tantinet:

-N'as-tu jamais tenté de formuler autre chose que des questions? Lui jeté-je froidement, je te parles des voies de la vie et de la mort bien sûr. Les deux mondes existants, à la fois si proches et si hermétiquement séparés. Toute créature -en particulier l'humain- se doit d'appartenir soit à l'une, soit à l'autre. Or, il se trouve, Rémi, que tu es au milieu. Et il n'y a que moi qui ai le droit d'arpenter la croisée des chemins. À l'heure où nous parlons, ton âme balance entre ses deux choix, et je suis à tes côtés pour l'aider à prendre une décision. Vivre encore un peu ou mourir immédiatement.

 

À présent, le visage blafard de Rémi dégouline de sueurs froides. Son regard éteind s'est de nouveau perdu dans le torrent de circulation qui s'étale à nos pieds dans un vacarme assourdissant. J'effleure son visage de mes doigts. Il n'a pas tort.

C'est presque un jouet pour moi.

Un morceau de viande juteux et savoureux à souhait.

 

-Quel effet cela pourrait te faire, à ton avis, de sauter au milieu de toute cette pollution? Je sais que tu te le demande sans arrêt."

 

-La vie est si peu attirante...

Les larmes coulent à présent le long des joues cireuses de Rémi qui commence à perdre totalement le contrôle de sa voix: "Ri-Rien n'est fait pour moi dans ce monde merdique! J'ai l'impression de ne pas y avoir ma place. Je n'arrive mê-même pas à imaginer un bonheur qu-qui puisse m'être accessible!"

 

Il marque une pause le temps d'un sanglot puis conclut:

-Je ne sais pas si je veux réellement continuer à vivre.

 

Je craque, il m'amuse tant!

 

Ce petit bout d'homme pleurnichant comme un enfant, déchiré entre ce qui lui semble être la mort et la mort... Mon coeur a rarement battu aussi vite.

 

-Eh bien sache, Rémi Dellan, que si l'existence terrienne ne te convenais définitivement plus, il te sera toujours possible de venir me rejoindre...plus loin. Grâçe à la bague d'onyx que je t'ai donné quand je t'ai rencontré, Tu peux m'appeler à tout instant pour que je... m'occupe de toi.

 

Ma blonde cible baisse la tête vers la-dite bague en vacillant imperceptiblement. Puis, parcouru d'un intense tremblement, il tente avec un frénésie manifeste de l'arracher de son index.

 

Mais il perd son temps.

 

La bague en forme de spirale reste fermement agrippée à son doigt, se contentant de laisser échapper un volute de brume noire qui s'insinue lentement de part et d'autres de nos corps.

 

-En réalité, tu souhaites uniquement me voir mourir ! N'est ce pas ? S'exclame Rémi dont la colère l'emporte à présent sur la peur.

 

Non, répondé-je simplement. Si tu passes un jour à l'acte, c'est que tu l'auras souhaité, toi et toi seul. Ou bien que telle était ta destiné. Je dois simplement faire en sorte d'éprouver ta volonté physique et morale, afin de te faire comprendre quelle est la voie qu'il te faut suivre. Rien ne dit que tu choisira le trépas!

 

"Il y a une poignée d'année, j'ai lié mon âme à celle de Véronique. Son cas différait du tiens car, bien qu'elle aussi occillait en permanence entre la vie et la mort, elle ne pouvait choisir son chemin. Elle était atteinte de Cancer."

   

   "L'odeur de sa mort hypothétique a chatouillé mes narines pendant trois bonnes années. Comme toi, je l'effrayais. Comme toi, je m'amuser à l'appâter. Je poussais son énergie vitale jusqu'à ses extrêmes limites... Mais sa destiné n'était pas de succomber à ma maladie. Un jour, elle enleva sans effort la bague qui ornait son doigt -cette même bague que tu portes actuellement-, et elle repris le cours de son existence. Un jour viendra où sa route recroisera invariablement la mienne, comme celles de chaque mortel. Mais cette heure n'est pas encore venue."

 

   Voilà une petite anecdote qui devrait faire cesser la paranoia ridiculement oppressante que ce jeune deprimé nourrit à mon égard depuis le début de notre relation.

 

Sans attendre son avis sur cette histoire, je tourne les talons et laisse mon filiforme corps disparaitre dans l'atmosphère au bout de quelques pas; plantant là Rémi, seul, malheureux, et bête.

 



09/09/2017
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