Monde des Rêves 2.0 de Salomon Koubatsou

Monde des Rêves 2.0 de Salomon Koubatsou

A la poursuite du bonheur_scènes 1 à 4

Scène 1 :

 

Le gamin est assis sur un canapé au milieu de la scène. Il lit. L'homme arrive et s'arrête quand il l'aperçoit. Il tient un vieux livre sous le bras.

 

L'homme : (doucement, lentement.) hep, petit... (Le gamin se tourne vers lui.) Personne ne t'as dit que c'était mon canapé ?

 

Le gamin : (le regarde un instant.)  Non.

 

L'homme : Et bien c'est mon canapé.

 

Le gamin : Ah.

 

L'homme : Et j'ai l'intention de l'utiliser donc va-t'en.

 

Le gamin : tu n'es pas très poli. Tu es toujours comme ça ?

 

L'homme :(indigné.)  Ça ne te regarde pas. (un temps.) Et quand on est poli, on vouvoie les grandes personnes gamin !

 

Le gamin : Ah ? Alors je ne suis pas poli.

 

L'homme :ça j'avais cru le comprendre. (Le pousse un peu puis s'assoit sur une extrémité du canapé.)  Bon allez, si tu veux, tu peut rester mais considère ça comme une faveur exeptionnelle. (Commence à lire. Un temps puis reprend.)  T'es tout seul ici ? Sans parents ni rien ?

 

Le gamin :Comme toi.

 

L'homme : Mais moi je suis un adulte je fais ce qu'il me plaît. Alors que toi, un seul coup d'oeil suffit pour comprendre que tu es encore un mouflet qui ne devrais pas être à un autre endroit que dans les jupes de sa mère. Un mouflet qui d'ailleurs, n'as aucune raison de trainer dehors comme un chat errant, de squatter le canapé d'un pauvre bougre et de prendre un malin plaisir à le faire tourner en bourrique ! (Reprend sa lecture.)  J'ai horreur des gamins comme toi qui se croient très malin en lançant des pauvres piques aux passants pour se donner l'impression d'être des rebelles. Des révolutionnaires. (Ricane avec mépris.) Comprends bien que tu n'es pas et ne sera sûrement jamais ni l'un ni l'autre.

 

Le gamin: (Un temps. Commence à sourire. Il parle à l'homme mais ce dernier ne lui accordera aucune attention de toute sa tirade.)  Mais j'aime tellement asticoter les gens ! Les adultes surtout. Les enfants, eux, prennent tout avec humour alors que les adultes sont tout de suite indignés dès qu'on leur adresse la parole. Les adultes sont comme ça, toujours sidérés de me voir m'adresser à eux. Comme si leurs quelques années de vie de plus que moi leurs conféraient un statut divin et qu'il faille baisser le regard dès qu'on se trouve en présence de l'un d'eux de la même manière qu'un chien se couche aux pieds de son maître tant que celui-ci tient son paquet de croquette dans la main. (Lève les yeux au ciel en soupirant.)  C'est pas comme si j'était le premier gamin à faire ça ! Celui qui le faisait en premier, c'est le Petit Prince ! Un mioche avec une écharpe et un renard, qui parlait à des fleurs. (Regarde sa propre écharpe.) Bon, moi j'ai ni la fleur ni le renard mais j'ai déjà l'écharpe.

 

L'homme : (s'en va du canapé.) Tu as aussi et surtout la même niaiserie.

 

Le gamin : (le regarde partir.) Un jour, j'ai rencontré un vieil homme exactement comme lui. Il m'a écouter parler sans jamais me répondre. Avant de s'en aller, il m'a dit que je ressemblait à un moustique. (un temps.)  À un moustique ? (Hausse les épaules.) 

 

 

Scène 2 :

 

l'ivrogne (f) se trouve contre le canapé. Lumière progressive sur elle. Elle sert sa bouteille dans ses mains et pousse un long hurlement de tristesse.

 

le gamin : (hésitant.)  Bonjour...

 

l'ivrogne : Bonjour. (Un temps. Lui tend la bouteille.)  T'en veut ?

 

Le gamin : non non merci...tu sais, ça fait mauvais genre pour une femme d'être bourré.

 

L'ivrogne : de quoi je me mêle ? C'est un bouteille ! Pas besoin d'être un mec pour pouvoir en profiter.

 

Le gamin : c'est vrai, excuse-moi.

 

L'ivrogne : (ne semble pas l'avoir entendu.) Et tu es mal placé pour me faire la morale : Moi, si j'avais une grosse écharpe comme la tienne, digne d'un môme de deux ans, je l'ouvrirai moins.

 

Le gamin : Ce n'est pas une écharpe de môme. C'est celle du Petit Prince. (Un temps. Hésite) Tu connais le Petit Prince ? Elle lui ressemble un peut, non ?

 

L'ivrogne : le regarde d'un air ahuri et éclate de rire. Putain mais grandis un peut gamin ! Le Petit Prince est un conte pour les mioches crédules et niais qui se complaisent dans les rèves plutôt que d'affronter la vrai vie ! Tu as l'air d'être presque un homme : t'as plus besoin de réver.

 

Le gamin : à part. Je suis quoi finalement ? Un homme ou un gamin ?

 

L'ivrogne : Regarde-moi ! Tu pense que je rève encore ? Il secoue la tête. Si tu veut, lui tend la bouteille je peut t'apprendre à ne plus réver.

 

Le gamin : même pas en rève. L'ivrogne ne l'écoute plus et joue avec sa bouteille. J'ai déjà vu l'effet que faisait l'alcool sur les gens paumés. J'ai pas envie de devenir une épave comme eux. Comme toi. À devoir se cacher un œil pour réussir à marcher sans tomber dans des bouches d'égoûts, à dire des trucs dégeulasses à ses amis sans en avoir aucun souvenir après, à s'enfuir des boites de nuits, le videur aux basques, pour finir sa nuit tout nu dans un contener à poubelle.

 

L'ivrogne : continue de jouer avec sa bouteille. Rigole. Ha oui c'est marrant quand tu voit la tête des éboueurs le matin quand ils ouvrent le contener ! Un temps. Mais si comme tu le dit, l'alcool est un danger pour les gens paumés, je comprends que tu n'en prenne pas. Jette un coup d'oeil à son écharpe. On voit tout de suite en te regardant que tu es comme un végétarien dans un KFC.

 

Le gamin soupire. Un temps.

 

L'ivrogne : se lève. Bon ! C'est pas que ta présence m'est désagréable gamin...

 

le gamin : moustique. On m'appelle moustique.

 

L'ivrogne :incrédule. Drôle de nom ! Tu t'appelle vraiment comme ça ?

 

Moustique (le gamin) : non, c'est les autres qui m'appellent comme ça. Moi je n'ai pas besoin de m'appeller.

 

L'ivrogne : oui, bon ! C'est pas que ta présence m'est désagréable moustique, mais moi, j'ai de la route à faire. Se lève. Je cherche le Miraculeux. Tu saurais pas où il crèche par hasard ?

 

Moustique : le Miraculeux ?

 

L'ivrogne : oui, le Miraculeux, le faiseur de miracle, celui qui promet n'importe quoi à n'importe qui !

 

Moustique : impressionné. et... et il tient ses promesses ? Il donne vraiment tout ce qu'on veut ?

 

L'ivrogne : lui donne une pichenette sur le haut du crâne. Réfléchis, à ton avis pourquoi je le chercherai sinon ? Fait mine de partir.

 

Moustique : rattrape l'ivrogne. Hé ! Attends-moi ! Laisse moi t'accompagner !

 

L'ivrogne : un peu surprise. Si tu veux. Tu as quelques chose à lui demander ?

 

Moustique : ça se pourrait... s'il accepte d'exaucer mon souhait.

 

L'ivrogne : marche vers les coulisses, Moustique à sa suite. En tout cas, le mien, il a interêt à l'exaucer ! Mais t'inquiète pas, si il exauce vraiment les souhaits de n'importe qui, alors on serait être en tête de sa liste d'attente si il en avait une.

 

Ils sortent de la scène. Leur conversation continue en voix-off depuis les coulisses. noir.

 

Moustique : dit-moi... comment il est ce Miraculeux ? Comment peut-il être aussi puissant ?

 

L'ivrogne : il y a quelques années, le Miraculeux est arrivé dans la région en clamant partout qu'il pouvait réaliser nos vœux les plus fous ! Beaucoup de ses clients ont confirmé ses dires : d'après eux, il exauce véritablement les souhaits ! Il peut tout faire ! Ça m'étonne que tu n'en ai jamais entendu parler avant. Tu sais, ça ne te ferai pas de mal de sortir un peu le dimanche. Vraiment.

 

Fin du dialogue en voix-off. Sur la scène toujours sombre, arrive Fleur et Poutrelle.

 

 

Scène 3 :

 

Fleur : Bon ! Tu as fini de traîner ? Un peu de volonté ! C'est pour toi qu'on fait ce voyage alors fait un effort !

 

Poutrelle répond en gromlo et bouge les bras d'une manière hystérique en rigolant

lumière progressive

 

Fleur : soupire. Vivement qu'on arrive. Je pourrait pas te supporter plus longtemps.

 

Moustique et l'ivrogne entrent sur scène, l'air épuisé. Ils s'affalent par terre non loin des deux autres.

 

L'ivrogne : Crétin ! Quand on sait pas lire un panneau indicateur, on laisse les autres le faire plutôt que de se tromper de chemin et de nous amener en plein milieu d'une décharge publique alors qu'on était supposés tomber sur un champs de maîs !

 

Moustique : tu peu causer toi ! Tu as confondu le Miraculeux avec un bar qui portait le même nom ! Franchement, tu trouve que le barman avait une tête à exauçer des souhaits ?

 

L'ivrogne: un temps, reprend son souffle. En même temps, quelle idée d'appeller son bar, « le Miraculeux ». ça m'étonnerai que je soit la première à me tromper.

 

Poutrelle qui a écouté la conversation pousse un cri de joie et va les rejoindre en leur parlant gromlo et en les tatônnant.

 

L'ivrogne : Hou putain ! V'là un autre ivrogne. Interpelle Fleur. Hé la barbie ! Rappelle ton chaton avant que je lui colle mon pied au cul !

 

Fleur : à Poutrelle. Allez viens débile...aux deux autres. Excusez-le. Il est un peu stupide. Regarde Poutrelle. En tout cas, c'est le moins qu'on puisse dire. Retour sur les deux Je vous ai entendu parler du Miraculeux. Vous le cherchez vous aussi ?

 

Moustique : heu oui on est à sa recherche. Enfin, pas vraiment puisqu'on sait où le trouver. Montre la carte dans sa main. Disons qu'on va simplement le voir. Montre Poutrelle du doigt. C'est ton frère ? Comment s'appelle-t-il ? Et toi, quel est ton nom ?

 

Fleur : soupire en souriant. Mes parents aimaient les noms porteurs de sens. Je m'appelle Fleur car, quand je suis née, une fleur est tombée dans mon berçeau. Un temps. Se tourne vers Poutrelle. Et lui... c'est Poutrelle.

 

Poutrelle : toujours en gromlo. Et moi... c'est Poutrelle !

 

L'ivrogne : à elle-même. Pourquoi ça ne m'étonne pas ?

 

Fleur : Bon ! Puisqu'on va tous au même endroit, j'imagine qu'on serait idiot de ne pas faire le voyage ensemble. En aparté Surtout que nous on a pas de carte et on galère un peu...Qu'est ce que vous en pensez ?

 

Moustique : Heu, attends juste une minute, il faut qu'on se concerte. Entraine l'ivrogne à part. Je ne veux pas faire le voyage avec une pétasse pareil ! Regarde comment elle traite son frère !

 

L'ivrogne : On a pas trop le choix de toute façon si on va tous au même endroit. Ça m'enchante pas plus que toi de voyager avec cette barbie mais là, va falloir prendre sur nous mon petit père.

 

Fleur : n'a pas entendu leur échange. Bon ! Vous êtes prêts ? Autant se remettre tout de suite en route ! Aufaite, vous ne m'avez pas encore dit vos nom.

 

Moustique : On m'appelle Moustique.

 

L'ivrogne : voit que tout le monde la regarde comme si ils attendaient qu'elle se présente à son tour. Elle fait mine de n'avoir rien remarqué. Bon ! Si tu veux bien me rendre MA carte Moustique, on va peut être pouvoir commencer à bouger, non ?

 

Ils sortent tous de la scène.

Noir.

 

 

Scène 4 :

 

      Lumière sombre. Les quatre arrivent sur scène tous essoufflés et s'affalent par terre.

 

L'ivrogne : à Fleur. T'aurais pas pu le garder près de toi et l'empécher de courir partout ? Il nous a fait perdre un temps fou à essayer de le rattraper !

 

Fleur : caresse la tête de son frère. C'est pas ma faute si ce crétin a voulu poursuivre un papillon qui allait dans la direction opposé.

 

L'ivrogne : De toute façon, je pense qu'on va s'arreter ici pour aujourd'hui. Je sais pas pour vous mais moi, je ne pourrait plus faire un mètre de plus avant demain. Brandit sa bouteille et la fixe. Un petit remontant serait le bienvenue. Ça intéresse quelqu'un ?

 

Tout le monde se détourne sauf Poutrelle qui saute sur la bouteille et lui fait un calin.

 

L'ivrogne : rigole. je savais que t'était comme moi.

 

Fleur : bon ! Quelqu'un monte les tentes ? Et il faut aussi faire un feu ! Et si quelqu'un avait des couverture aussi...

 

 

Moustique : jette un regard ahuri à l'ivrogne qui le lui rend. Des tentes ? Un temps. Nan mais tu te fout de qui ? Où tu voit des tentes et des couvertures ici ? Désolé mais tu va dormir comme ça. T'inquiète, on peut survivre sans tente pendant une nuit. Secoue la tête en soupirant. Un temps. Mais pour le feu, on pourrait utiliser l'alcool de l'ivrogne ! Se tourne vers l'ivrogne et Poutrelle. Dis, tu voudrais bien nous...

 

Poutrelle et l'Ivrogne se dressent entre la bouteille et Moustique en criant des paroles inintelligibles.

 

Fleur : dédaigneuse. Un simple « non » aurait suffit tu sais !

 

L'ivrogne : penaude, se couche brusquement. Heu... bon ! Bonne nuit ! Poutrelle l'imite.

 

 

 

 

 

 

 



03/03/2017
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