Monde des Rêves 2.0 de Salomon Koubatsou

Monde des Rêves 2.0 de Salomon Koubatsou

Chapitre du réel

  Assassin,

 

  Ton arrogance me fait frémir.

 

  Tu sais sans doute que je me suis offert une petite escapade dans le Monde des Rêves hier soir. Après tout, si il s'agissait de ton royaume, comme tu aimes le nommer, il fallait que je le vois. Il fallait que je le découvre. Eh bien je t'avoue que je n'imaginais pas que cela m'impressionnerai autant...

 

   Cette immense voûte vaporeuse avait bien quelques chose de majestueux. J'avais un peu la sensation de me trouver dans une immense cathédrale dont les murs auraient été invisibles et où seul serait resté l'écho de nos pas et de nos voix. D'ailleurs, toutes ces orbes argentés qui sillonent l'atmosphère de ton domaine, j'ai pu entendre leurs murmures. Je suis sûr que tu ne les loupes pas toi aussi, mais que tu n'y fais plus attention depuis une éternité, ta mégalomanie t'enivre trop. Ces sons, ces voix... Elles m'appelaient. Je n'ai pas eu l'impression qu'elles parlaient ma langue, mais plutôt qu'elles communiquaient par un moyen qui semblait au dessus des mots. Comme la source, la substance originelle de tout langage. Elles communiquaient sans passer par la barrière des grandes phrases.Que me disaient-elles? Je ne saurai le dire précisément; j'avais la sensation que c'était leurs âmes elles-même qui se déversaient dans mon crâne. Elles me racontaient l'existence. Comme ça, sur la voûte. Sans parler. J'ai la quasi-certitude que toi, tu n'as jamais bénéficié de ce savoir, cupide et le coeur arrogant comme tu es, tu n'as jamais dû vouloir écouter les voix qui traversent le Monde des Rêves. Et tu oses t'en proclamer monarque... Tu ne vois même pas toute la puissance qu'il recèle. J'ai suivi les orbes dans leur course, je voulais savoir où elles voguaient comme ça.

 

   Elles ont tournoyé vers les parois transparentes et se sont littéralement évaporées à leur contact. En m'approchant, j'ai vu la porte. Les portes. Ces milliers de petites surfaces opaques dans ce grand vide. Des sons, des murmures, des chants me parvenaient, je les sentais me traverser tandis qu'elles voguaient lentements vers les passages. Ces voix... Il faut les avoir entendu, Assassin. Elles résonnaient en d'innombrables échos, produisant la réaction caractéristique qui fait vibrer nos entrailles. Je les écoutais vraiment, je les comprenais contrairement à toi qui n'as jamais dû faire que les entendre. Elles semblaient venir de l'Univers entier. Sans doutes certaines étaient tes anciennes cibles, des âmes en chemin vers l'Après. Mais d'autres semblaient venir des créatures de l'Avant. Sans en avoir la moindre preuve, je les savais différentes, éloignées.

 

   D'un coup, toute l'immensité de l'Univers m'est apparue. Et j'ai enfin vu clair dans ton jeu. Tu ne gouvernes rien, tu n'es toi aussi qu'un microbe dans ces confins. Tu te dis un être sacré mais tu n'es qu'une minable bête sauvage livrée à tes pulsions, qui te fais croire que ton contrôle sur le monde des vivants est total alors que ton travail n'est rien dans la foison de mouvements qui tourbillonent autour de nous. Tu es peut-être indispensable mais tu es vulnérable. Tu méprises les humains pour leur peur, tu penses les posséder, mais tu oublies que ton existence dépend entièrement d'eux. Tu t'amuses à prendre leur vie en sachant pertinemment au fond de toi que si tous ils mouraient, tu n'aurais plus de sens. Tu veux oublier que, parce que nous sommes mortels et qu'un jour ou l'autre nous disparaîtrons, tu disparaîtra aussi car ton destin, ton travail, ta quête entière repose sur nous. Nous sommes liés toi, moi et tous les humains du monde des vivants. Tu nous tue à petit feu mais au fond, nous t'entraînerons dans la tombe avec nous. Personne n'en réchappera, il n'y aura pas de vainqueur.

 

   Voilà pourquoi tu ne nous domineras jamais entièrement. Car ceux qui savent, ceux qui ont compris, jamais plus tu ne les feras frémir. Et le jour où tu viendras me chercher, vrai, je n'aurais pas peur le moins du monde, Assassin. Même, je te rierai au nez.

 



22/05/2018
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 4 autres membres