Monde des Rêves 2.0 de Salomon Koubatsou

Monde des Rêves 2.0 de Salomon Koubatsou

Chapitre Eglise

   Les yeux fermés, j'essaie de visualiser la ville au Moyen-âge, avec des habitations trois fois moins grandes et quatre fois moins nombreuses. L'église St-Pierre devait paraître alors d'autant plus impressionante, s'élevant jusqu'aux cieux eux-mêmes, en lien direct avec l'Avant et l'Après. Tu m'étonnes que les gens d'autrefois en étaient intimidés.

 

  ...Mais moi, qu'est ce que je suis en train de fabriquer à l'intérieur?

 

   Les murs dégagent une douceâtre odeur de poussière et de renfermé. La lumière filtrant au travers des vitraux colorés tamisent la pièce d'une délicate nuance dorée. Cet endroit n'a jamais connu le dehors depuis des siècles. Je comprend mieux pouquoi on l'appelle un sanctuaire. Les parois sont étrangement semblables à celles de la voûte du Monde des Rêves, elles résonnent du même écho, du même murmure accompagné par le chant de l'orgue.

 

  Mais qu'est-ce que je fabrique ici?!

 

  Qui faut-il aller voir maintenant? La statue du Christ? Le curé du confessional? Je décide de tenter cette seconde idée.

 

   N'ayant pas l'habitude des sanctuaires religieux, j'ai la désagréable impression d'y être aussi pataux et maladroit qu'un chat tombé dans une mare. Mes pieds traînent avec disgrâce sur les dalles froides. Est-ce réellement ici que j'obtiendrai des réponses?

 

   Je bloque un instant devant le long rideau rouge, hésitant sur la procédure à suivre: peut-être fallait-il s'annoncer avant d'entrer, ou bien même attendre un "au suivant"... Tant pis, j'entre malgré tout. Si ça n'est pas correct, il me virera et je n'aurai qu'à revenir plus tard; ou même tout simplement ne pas revenir.

 

  Je m'agenouille dans le pénombre, l'attention aussitôt perturbée par le mur de bois à deux centimètres de mon nez. Une voix s'élève, m'arrachant un sursaut:

 

-Qu'avez-vous à confesser mon enfant?

 

   À confesser? Mais rien! Je suis simplement là pour chercher des réponses. Mais comment le formuler? Je tente de construire dans ma tête une explication précise et claire: Je suis un enfant sans sexe, sans yeux, qui fait des rêves étranges à propos d'un univers étrange dont je me demande si ça ne serait pas le paradis ou quelques chose comme ça, Je ressens des choses que les autres ne ressentent apparement pas, j'ai une pulsion qui me pousse vers la mort et/ou vers le meurtre. Mais quand j'ouvre la finalement la bouche, seuls sortent six mots:

 

-J'ai un assassin dans mon coeur.

 

  Je me mord la langue, exaspéré par ma crétinerie. La voix laisse passer un ange avant de me répondre laconiquement;

 

-La Folie est malheureusement profondément humaine.

 

  Mais ça n'est pas de la Folie!

 

  Nouveau silence.

 

  Oh merde, est-ce que je viens vraiment de crier ça à la gueule d'un curé...?

 

  Ca n'est pas de la Folie. Pas de la Folie.

 

-Le seigneur m'entend-il?

 

  Je me demande pourquoi je pense qu'il pourrait m'aider celui-là.

 

-Y croyez-vous?

 

-Non.

 

-Ca ne fait rien. Il vous entendra quans même.

 

   De mieux en mieux. Ce curé est vraiment bizarre. Il n'a pas vraiment l'air surpris ou choqué de ce qu'il se passe dans ma tête. Et s'il connaissait l'Assassin? Ça n'est pas impossible, leurs boulots ont plusieurs points en commun; ou alors peut-être que c'est parce qu'il connait celui qu'on appelle Dieu?

 

   Sans rien rajouter, je m'extirpe du confessional. Je traverse l'église et me plante devant l'immense statue du Christ. De l'opinion général, c'est l'être de cette salle le plus proche du ciel, du Créateur.

Je l'observe longtemps. Est-ce que cet homme mort depuis plus de deux mille ans a connu l'Assassin? Quels secrets pourrait-il m'apprendre?

 

   Je jette un rapide coup d'oeil aux alentours: personne ne s'intéresse à moi. Je passe en dessous de la barrière de sécurité, m'avance vers la vieille statue et enlaçe le Christ. Le froid de la pierre me surprend mais je m'efforce de ne pas relâcher mon étreinte. Quelque part en moi, dans la partie de mon esprit reliée au Monde des Reves, je tente de percevoir une voix, un signe, un message de ce si célèbre prophète censé appartenir à l'Avant. Je me concentre plus que je ne l'ai jamais fait dans ma vie, mes bras toujours serrés autour des jambes du mort, j'ouvre tous mes sens au maximum...

 

   Je n'entend rien, ne ressens rien, si ce n'est soudainement un léger courant d'air à la fois frais et réchauffant comme un ruisseau en apesanteur, qui se développe dansmes jambes et remonte doucement le long de mon corps, enveloppant mon coeur, ma tête, mes mains, enveloppant la statue avec moi, et s'élevant encore plus haut, encore plus loin que la vieille église. Je la sens glisser dans l'espace et s'évanouir petit-à-petit dans l'atmosphère, jusqu'à disparaître totalement.

 

   À présent, les jambes de pierres sont tièdes sous mes mains. Je me décolle délicatement de la statue, l'esprit étourdit par cette vague indescriptible qui vient de me transpercer. Je fixe un temps le visage béat du Christ: et si c'était lui? Ou du moins, quelque chose d'Au-dessus?...

 

 

   De retour chez moi, je ne cesse de cogiter, l'esprit trop excité pour songer à me reposer. Les forces des créatures comme l'Assassin s'étaient à nouveau manifestées; cette fois, à travers Dieu. Il existe une logique, un lien entre tous ces êtres, un engrenage subtil qui dirige ces situations, c'est certain! Quel est mon lien avec cet tunivers? Pourquoi ai-je un Assassin dans mon coeur? Tout est lié, il n'y a plus de doute possible! Je dois comprendre! Je dois découvrir quel destin me reservent ces pouvoir.

 

  Plus d'hésitation, je dois pénétrer dans le Monde des Reves.

 



22/05/2018
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 4 autres membres