Monde des Rêves 2.0 de Salomon Koubatsou

Monde des Rêves 2.0 de Salomon Koubatsou

journal de bord d'un contemplatif

  Ce cour définit décidément bien la notion d'ennui mortel.

 

   Effectivement, la flemme environnante est si imposante qu'on la croirait presque compacte. On a l'impression qu'elle aspire peu à peu notre énergie vitale et ralentit notre cerveau comme s'il était pris dans des glaçes. La pensée que cette assomoir puisse avoir une fin me laisse profondément sceptique. Encore trente minutes de torture, si j'en crois l'horloge qui a peut-être été ensorcelée pour être silencieuse. Ou bien pour fonctionner au ralentit. Pourquoi les aiguilles traînent-elles autant? Pourquoi cette stupide aiguille trotteuse est-elle aussi longue à faire le tour complet du cadran? Et ou est donc passé le sympathique tic-tac qui me rappelle malgré tout en permanence qu'à chaque instant, les secondes qui me sépare du terme s'égrènent inexorablement?

 

   Mais même sans le tic-tac, la classe est loin d'être silencieuse. Partout autour de moi, des feuilles qui se tournent ou qui se plient (c'est incroyable comme on ne fait jamais attention au boucan que cela fait!), des souris de blanco à l'agonie passant d'une main moite à une autre, des grincements de chaises, des battements de pieds, des entrechoquements de stylos dans les trousses déjà refermées et prêtes à être rangées, des reniflements morveux, des toussotements tâchants d'être discrets au milieu de ce vacarme, des taille-crayons qui percutent violemment le sol, des petits chuchotis entre voisins... Toute une orchestrale misère scolaire. Sans oublier d'ajouter à cette symphonie, les percussions du raclement des chaises au dessus de nos têtes. Est-ce juste une impression ou bien a-t-on toujours la désagréable sensation que les autres classes finissent leurs cours au moins vingt minutes en avance lorsque l'on est (censé être) en contrôle?

 

 

***

 

  C'est assez incroyable comme ce professeur littéraire au charisme glaçant et au regard dur se révèle être affable et chaleureux dès qu'on le sollicite. Il me considère d'un air courtois, assis sur l'angle de sa table, les bras croisés dans l'attente de ma réponse.

 

   Sans trouver en moi la moindre envie de lui sauter dessus, je ne peux pas ne pas remarquer que tout dans son apparence, de sa gestuelle soigneusement étudiée à sa pose faussement nonchalante, déborde de charme. Le gars est sexy, même moi je m'incline. Il n'est pas mon professeur mais je sais déjà de source sûre que plusieurs de ses jeunes élève de (hum!) 16 ans doivent mouiller leurs culottes à la plupart de ses phrases. Même son timbre vocale semble être sorti d'un kit collector pour prédateur sexuel. Lent et grave. Le "viril" par excellence. Et comme si ça n'était pas suffisant il se permet d'être brillant par dessus le marché. Un professeur d'exception à n'en pas douter, mais trop parfait pour attirer ma sympathie. Trop parfait pour s'en soucier de toute façon. A côté de lui, madame Vic corrige ses copies mais je sais qu'elle ne perd pas une miette de notre échange. Voilà une prof comme je les aime. Nature. Franche. Directe. Attachante. Terriblement admirable. Voilà ma prof. Ma prof à moi. La mienne.

 

   Je me surprend à me demander quelle serait leur réactions à tous les deux s'ils apprenaient que je séchais la plupart de mes cours depuis ce midi. J'esquisse un sourire coupable en visualisant dans ma tête le visage de monsieur Locin se durcir et les yeux de madame Vic se mettre à lancer des éclairs dans ma directions. Je cligne doucement des yeux: Non, mieux vaux qu'ils ne sachent rien pour l'instant. De toute façon, ils l'apprendraient suffisamment tôt



27/02/2018
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 4 autres membres