Monde des Rêves 2.0 de Salomon Koubatsou

Monde des Rêves 2.0 de Salomon Koubatsou

Le destin de Pie

Un morceau de rock endiablé fuse au travers de la porte. Il doit déjà être en train de travailler. Sachant qu'il ne m'entendrait jamais sonner quand la musique résonne, j'entre sans m'annoncer.

 

Je trouve Etienne dans la cuisine qu'il a intégralement tapissé de larges feuilles blanches. À ses pieds nus sont disposés plusieurs arrosoirs, une légion de pinceaux de différentes tailles et des bidons remplis à ras bord de peintures plus pétantes les unes que les autres.

 

-Préparation d'une nouvelle oeuvre d'art? crié-je à l'élu de mon coeur pour couvrir la musique.

 

Etienne se retourne et son visage s'illumine en m'apercevant. Il hoche la tête, fier de sa peinture.

 

Même s'il me répète sans cesse qu'il n'y en a aucune raison, je ne peux m'empêcher de m'inquiéter pour lui parfois. Il ne sort que très peu de son studio, préférant peindre en musique dans l'univers que représente sa petite cuisine. Ses séances de peintures constituent sa principale activité physique; mais cela dit, il est vrai qu'il y met toute son âme à chaque fois, et une seule séance pour lui doit bien égaler deux heures de courses pour moi. Et puis... j'aime tant cette incroyable intensité qui brille toujours dans son regard quand il s'apprête à nouveau à coucher ses émotions sur le papier graineux.

 

Mon ami règle le son du morceau de musique, empoigne un arrosoir et commence à sautiller d'un pied sur l'autre en relâchant ses épaules, comme un coureur se préparant au marathon. Il me fascine.

 

-Tu continues de prendre tes médicaments?

 

-Oui! D'ailleurs, j'ai mélangé la petite poudre dans les arrosoirs.

 

-Etienne...

 

-Ha! Ha! Je te désespère, c'est ça? Ne t'en fais pas, Emma; tu sais bien que je prend toujours tout le reste. Mais la poudre a quelque chose d'artistique, je n'ai pas pu m'en empêcher.

 

Décidément, Etienne est le dépressif le plus joyeux de toute la terre.

 

D'un coup, il lève brusquement l'arrosoir, projetant une pluie de goutelettes multicolors sur la surface blanche. Puis, évoluant en rythme avec Jacque White et Linkin Park, Etienne alterne les mouvements secs et profonds, les geste amples et timorés, imprimant sur le papier différentes formes et teintes, sans oublier de se verser allègrement une partie du contenu du récipient sur la tête, comme s'il s'agissait d'un pommeau de douche.

 

Quand les arrosoirs sont vides et que commencent les premiers accords de guitares éléctriques d'"I think I smell a rat", l'artiste se précipite sur les énormes bidons de peintures, en renverse une partie sur le papier (accident ou geste intentionel? Je ne saurai jamais le dire) et plonge ses mains dans la couche restante. Il en parsème ses toiles avec délice, fouettant l'air de ses bras, écrasant ses poings colorés sur la surface blanche, sautant à pieds joints dans la peinture, tentant d'évoluer le plus possible au ryhtme de White Stripes, ne s'arrêtant pas un instant pour reprendre son souffle. Autour de lui, la cuisine n'est plus qu'un feu d'artifice de rouge, de jaune et de marron clair parsemés de bleu sombre, le vert ayant été déclaré par lui-même comme une couleur vomitive. Et pour ce qui est du blanc et du noir, il est bien évidemment impensable pour Etienne d'en utiliser ne serait-ce qu'une lichette.

 

Je ne me lasserai jamais de l'observer quand il peint. Son visage y devient l'incarnation de la joie de vivre. Pourtant en vérité, Etienne est dépressif depuis 15 longues années. Il ne m'a jamais caché penser perpétuellement à la mort. Mais sa créativité l'empêche de sombrer pour autant dans la léthargie et les cauchemars. La peinture est pour lui, un moyen de se battre, mais aussi parfois simplement un moyen de décrire ce qui le ronge de l'intérieur et qu'il ne veut jamais montrer. Etienne habille la mort en rose et l'arrose de médicaments. Chez lui, la dépression se caractérise par le bonheur. Un cas bien singulier.

 

Je soupire. Mais de quel genre d'homme suis-je donc tombée amoureuse?

 

 

***

 

Une cachette... Vite, une cachette...

 

Je cours dans les couloirs de l'hôtel, le coeur battant à tout rompre. Que faire? Monter au solarium? Non, je ne pourrai pas redescendre, je serai piégé en haut. M'échapper par le garage? Possible, mais il y a trop de risques de les rencontrer dans les escaliers. Et en passant par l'ascenceur? Non, trop peur de tomber nez-à-nez avec eux à la sortie.

 

J'entends des cris à travers la fenêtre qui donne sur la terasse de l'hôtel, ainsi que des hordes de pas piétinant les graviers pour revenir à l'intérieur du bâtiment. Je sue abondament. Je n'ai pas de portable, je n'ai absolument aucun moyen de savoir où en sont les autres, ni qui vient de tomber sur nos pousuivants.

 

Et si j'étais déjà le seul survivant?

 

Rester coupé du monde dans ce couloir est une véritable torture; néanmoins, personne ne m'a encore localisé ici. Rester là est sans doute la meilleur façon d'espérer m'en sortir.

 

J'aperçois une sorte d'enfoncement dans l'angle d'un mur, un faible espace où je peux me glisser, recroquevillé sur moi-même, tentant d'émettre le moins de bruit possible.

 

Et j'attends.

 

Les minutes passent terriblement lentement. Faute de mouvement, la lumière automatique a finit par s'éteindre et je suis maintenant plongé dans le noir, baignant dans un silence total. C'est cependant une bonne chose. Le coeur ne cessant de batttre la chamade, je me tasse d'avantage dans le creux, guettant un signe du monde extérieur qui m'indiquerait que tout danger est désormais écarté.

 

Et d'un coup, les lumières se rallument.

 

Tétanisé, la respiration incontrôlable, je tend l'oreille depuis ma cachette, dans la recherche du moindre son suspect dans le couloir. Mais il n'y a aucun bruit de cavalcade, aucun vacarme soudain, aucun cri. Ce qui, dans un sens, est sûrement bien plus dangereux encore.

 

En effet, lorsque je perçois enfin de discrets pas de loup sur la moquette, il est déjà trop tard. Ils sont juste à l'angle du mur, impossible de leur échapper. Une ombre de tête apparaît déjà le long du mur qui me fait face...

 

Résigné, je ferme les yeux, attendant la fin.

 

Puis violemment, une main énergique vient s'abattre sur mon bras.

 

-Touché! T'es le dernier, Léo! C'est à toi de nous chercher maintenant!

 

 

***

 

 

-Ecoute...

 

Non. Non non non non non non. Je vois sur son visage que ce qui va suivre ne va pas me plaire: elle se mord nerveusement les lèvres et son regard me couve avec pitié, anticipant déjà ma réaction.

 

-Ecoute-moi, c'est Théo, il...

 

Non. Pas Théo. Impossible.

 

Incapable d'entendre la fin de la phrase, je me lève brusquement et m'apprête à froidement lui fausser compagnie mais elle me retient par le bras, bouleversé par mon rejet.

 

-Il est décédé cette nuit, Nolan. Il n'a pas supporté l'opération.

 

...

 

Théo. Théo...

 

Je me rassois lentement sur ma chaise, pris dans un tourbillon de pensées. C'est impossible. Impensable. Théo ne peut pas être mort. Cela pourrait arriver à n'importe qui mais lui ne pouvait pas mourir, puisqu'il était mon pote, non? C'était mon ami, mon allié au quotidien; comment pourrait-il mourir alors qu'il fait partie de mes proches? Hein?

 

Je sens des mains empoigner les miennes avec douceur, mais ce contact affectueux n'arrive à réveiller en moi aucune émotion. J'ai l'impression d'être peu à peu cerné par un mur qui me laisse en proie à cette folle révélation et me coupe de la réalité, la vraie réalité où Théo se porte toujours comme un charme.

 

Tremblant, je tente de l'imaginer sans vie, d'imaginer mon quotidien sans lui. Mais cette idée est insupportable tant elle est absurde. Ma vie sans Théo est absurde, c'est comme si on enlevait les pédales d'une voiture et qu'elle devait tout de même continuer d'avancer dans cet état, incomplète. Théo n'a pas le droit de mourir!

 

La panique succède à l'hébètement et me gagne à mesure que je réalise le cauchemar sans fin dans lequel je viens de tomber. Théo ne reviendra pas. Jamais je ne le reverrai bouger, jamais je ne l'entendrai à nouveau rire, jamais plus je ne pourrai lui parler. Et ces pensées sont abominables, horribles! Je ne veux pas me rendre à l'enterrement de Théo! Je ne veux pas voir sa tombe et son cercueil! Plus tard, quand on sera vieux, oui, mais pas maintenant alors qu'on a seulement vingt ans! Rendez-moi Théo!

 

Mais bien sûr, il ne sert à rien d'exiger de la vie qu'elle nous rende immortels. Je ne peux rien faire, je ne peux pas me réveiller. Les larmes coulent le long de mes joues et je n'essaie même pas de les essuyer. Théo est mort, qu'est-ce que l'existence a encore d'important maintenant?

 

Ironiquement, c'est après cette révélation que je ressens plus profondément que jamais le besoin d'entendre sa voix. De retour chez moi, J'allume mon portable et sélectionne son contact. Ce geste est si habituel, si familier que je m'attends vraiment à ce qu'il décroche, comme si la chose allait de soi. J'attends quelques secondes, mourrant d'impatience de pouvoir lui parler.

 

Clic!

 

"Salut, j'ai pas le temps de vous répondre pour l'instant, ou alors c'est que je ne veux pas vous parler. Laissez un message si c'est vraiment important ou si vous avez rien de mieux à faire."

 

Biiip!

 

...

 

-Salut enculé. Il paraît que t'es mort (j'essaie de contrôler ma voix qui semble sur le point de se briser malgré le ton blasé que j'emploie). S'il te plaît, tu peux me déconfirmer ça? Et si t'es vraiment mort, tu peux quand même répondre hein... Mais ça me ferait vraiment chier que tu sois vraiment mort.

 

Biiip!

 

...

 

Clic!

 

"Salut, j'ai pas le temps de vous répondre pour l'instant, ou alors c'est que je ne veux pas vous parler. Laissez un message si c'est vraiment important ou si vous avez rien de mieux à faire."

 

Biiip!

 

-Fais pas le con, mec. Répond-moi pour me dire que t'es vivant... Théo, gars, je veux pas te voir dans ta boîte à cigare, t'es trop jeune, et moi je veux pas faire de discours pendant tes funérailles, c'est mort; je fais pas ça maintenant, attend qu'on soit vieux pour ça s'il te plaît Théo. M'oblige pas à chialer pour toi maintenant. Théo, t'avais pas le droit de me faire chialer...

 

Biiip!

 

...

 

Clic!

 

"Salut, j'ai pas le temps de vous répondre pour l'instant, ou alors c'est que je ne veux pas vous parler. Laissez un message si c'est vraiment important ou si vous avez rien de mieux à faire."

 

Biip!

 

-Dit moi que tu es vivant et que ta putain d'opération s'est bien passé. Mais je te promet que si t'as osé ne pas survivre, je te te tue. T'as pas le doit Théo, rappelle-moi. Me laisse pas chialer pour toi, me laisse pas t'enterrer, connard...

 

 

***

 

 

Ses mains descendent le long de mon dos mais la douleur est encore si présente que je grimace rien qu'en l'imaginant effleurer le tissu endoloris. Bien sûr, elle s'en rend compte immédiatement et stoppe son geste:

 

-Tu as mal quelque part?

 

-T'inquiète...

 

Je ne vais pas gâcher ce début de bon moment. J'emprisonne ses mains et les pose sur sa poitrine, loin de mon arrière-train. Puis j'y passe délicatement mes doigts, mes lèvres... Si je veux que tout se passe bien, mieux vaut privilégier le travail sur son corps. Elle se laisse faire et pendant un temps, tout s'imbrique à la perfection. Mais je sens ses mains revenir à la charge et je ne peux m'empêcher de m'esquiver dans un mouvement brusque. Le regard accusateur que Laura me lance à l'instant est plus que clair: "qu'est ce qui ne va pas avec ton corps?"

 

Autant lui dire, pour qu'elle laisse en paix cette partie de mon anatomie:

 

-Je me suis blessé... en bas. Rien de grave mais c'est encore sensible.

 

Laura me fixe comme si elle cherchait à lire dans mes pensées ce que je ne lui ai pas dit. Sa curiosité se lit sur son visage. Elle ouvre la bouche mais j'intercepte immédiatement la question que j'avais pressentis lui brûler les lèvres:

 

-C'est un peu gênant. Je veux pas entrer dans les détails et de toute façon c'est pas important.

 

-D'accord.

 

Laura passe ses bras autour de mon cou sans me quitter de son regard inquisiteur. "Mais tu as mal alors?"

 

Un léger soupir d'exaspération m'échappe. Ma légère fièvre, la douleur et l'incommodité de ma condition physique actuelle ne me rendent guère patient. Je ne veux pas en parler.

 

Mais ma partenaire continue l'offensive, intraitable:

 

-Mais pourquoi tu fais ça si ça te fais mal?

 

Et elle, pourquoi elle continue innocement à me poser des questions aussi génériques? Ça crève les yeux qu'elle a très bien compris le problème, pas la peine de chercher à rentrer dans les détails. Mais j'ai cependant la très désagréable impression que ce que Laura recherche, c'est m'entendre dire tout haut ce qui ne va pas, m'entendre expliquer de vive voix la cause de mon sphincter déchiré.

 

Tu perds ton temps, ma belle. Tout ce qui concerne mon rectum est confidentiel, comme n'importe qui possédant un minimum de pudeur.

 

Mais cela dit, un peu de provocation pour ta question déplacée n'est pas interdite...

 

-Si ça ne me faisait que mal, j'aurai arrêté de le faire depuis longtemps.

 

Bim.

 

 

***

 

 

-Israël, Isra-haine!

 

-Israël, Isra-haine! Israël, Isra-haine!

 

Ce slogan hurle de tout côté, il nous pousse en avant tel une immense vague contre les soldats du gouvernement israélien. Même quelqu'un qui ne connaîtrait rien de ce conflit se trouverait happé par ce fantastique mouvement de masse, cette résistance. Au coeur de cette marée humaine, il est tout simplement impossible de ne pas crier avec les autres.

 

Je cours, je cours aux côtés des autres, de mes camarades de galère, mes cris se perdent dans le vacarme général, je ne vois plus que les silhouettes sombres des manifestants et l'éclat des drapeaux rouge, vert, noir et blanc qui claquent au vent dans le ciel pâle de cette matinée.

 

Selon les politiques, nos actions sont aussi insignifiantes que des piqûres de moustiques, ça n'est pas cela qui concluera la guerre. Bien sûr, notre énième manifestation ne résolvera rien, nous savons tous ici que ce problème n'est qu'une partie d'échec géopolitique mondiale et que ni les civils, ni les soldats n'ont le pouvoir de le régler. Nous savons également que s'ils le voulaient vraiment, les grands de ce monde pourraient sans difficultés mettre fin au massacre. Comme le suggèrent leurs belles idées de fraternité mondiale, de solidarité humaine... Quelles blagues. Les Etats-Unis soutiennent l'Etat d'Israël; ainsi, personne n'ose prêter main forte au peuple qui se fait chasser de son propre territoire, non pas par opinion politique mais car tous tiennent à convserver leurs précieux liens commerciaux avec la première puissance mondiale de mes couilles. Et pour Daesh, tout le monde sait aussi que Bachar El-Assad serait pendu depuis longtemps si Vladimir Poutine ne se tenait pas derrière lui comme une épée de Damoclès prête à s'abattre sur le premier pays essayant de stopper la dictature syrienne.

 

À cause de la lâcheté des dirigeants du nord, notre continent est chaque jour un peu plus souillé de meurtre, de torture, de haine...

 

J'ai vu à la télé il y a trois ans, toutes leurs larmes et leur indignation quand ces dessinateurs sont morts. Mais rendez-vous compte! Cet attentat, vous l'avez mérité! Vous auriez pu empêcher cela si vous aviez laissé votre image européenne aux vestiaires et mis fin à cette boucherie! Au lieu de ça, vous bombardez le pays de civils qui n'ont rien demandé, pour vous donner l'illusion de faire quelque chose contre le terrorisme. Et même avec ça, vous n'avez toujours aucune idée des causes de la haine que les trois terroristes vous portaient à vous et à votre putain de gouvernement?

 

J'ai cru en vomir d'indignation. Le monde entier a apporté son soutien aux familles des dessinateurs. Douze morts pour un dessin, ça vous choque? Ici, il y en a mille fois plus pour mille fois moins. Tous les jours, quand j'habitais à Tombouktou, des morts sous les coups des soldats ou lapidés en public. Parfois des adolescents de quatorze ans. Et ici à Gaza, les attentats pullulent et personne ne vient nous plaindre ou nous venir en aide. Mourir pour un dessin, ça choque ces connards d'européenns? Avant, j'en voyais tous les jours mourir pour un dessin, pour un geste, pour un chant, pour un sentiment. Tous les jours, le bruits des pierres jetés sur les condamnés. J'ai vu une femme se faire fouetter car elle refusait de cacher ses mains. Un autre se faire tabasser car il refusait de montrer ses chevilles. Et personne dans le monde n'a pleuré pour eux, ils sont restés seuls jusqu'au bout.

 

Ces européenns si imbus d'eux-même se croient depuis des martyrs car trois gus ont tué douze innocents. Et ils ne sont même pas au courant de notre situation à nous, nous qui vivons à la frontière, nous qui rêvons d'en franchir d'autres.

 

Les gazs lacrymogènes fusent dans la foule mais rie nen peut arrêter notre colère, à nous, les VRAIS martyrs.

 

Je ne suis pas né palestinien, ce combat n'avait pas lieu d'être le mien; mais je suis pris par l'impulsion de me battre, de résister à travers cette population que le monde empêche de respirer. Devant les soldats israéliens, nous nous battons en réalité contre tous ces lâches qui nous laissent mourir pour quelques poignées de mains.

 

La haine me consume. Faire souffrir l'Europe, lui faire ressentir une minuscule part de ce que nous subissons au quotidien.

 

L'idée est si tentante... d'armer sa Kalachnikov et de leur adresser un message clair sur leurs responsabilité, sur tout le sang qu'ils ont sur les mains...

 

Isra-haine.

 

 

***

 

 

Entre la naissance et la mort, il y a souvent quelque chose.

 

La vie, Assassin. Tu t'en souviens?

 

Tous ces gens, tous ces vivants... Tu empoisonnes toutes leurs petites existences; et pourtant, tu n'es pas forcément leur seule préoccupation.

 

Les humains vivent dans la peur de la mort. Mais une fois que cette peur a été assimilée, assumée, il est toujours temps de penser à autre chose en t'attendant.

 

Tu as trop de recul pour les comprendre, Assassin. Quand je vois le monde à travers leurs yeux, je vois leurs enjeux, leurs guerres, leurs espoirs, leurs propres combats... Et c'est en découvrant cela que je comprends enfin d'où me vient cette haine. L'humanité est remplie de haine. Une haine viscérale, destructrice, une haine qui consume des vies entières. Leurs désaccords, leur peur de l'inconnu, leur peur de toi les corromps. Et il est très facile alors de voir tous leurs défauts.

 

Mais même dans ces conditions, à force de les observer, je crois profondément que l'humain n'est pas mauvais de nature. L'humain se débat, il lutte, il tente de survivre, il voudrait ârvenir à réaliser l'irréalisable.

 

Mais l'intelligence réside peut-être dans cette faiblesse. Les vivants sont vulnérables, ils regardent donc le monde avec des yeux que tu n'as pas, des yeux que tu ne peux pas comprendre.

 

Je commence finalement à entrevoir un moyen d'accomplir mon destin...

 

 

***

 

 

 

Huit euros, dix centimes et seulement trois sourires. Plutôt fragile comme recette pour une journée de travail.

 

Bah! Ça n'est pas l'argent qui me fait encore défaut; au bout de trois mois de rue, j'ai encore en poche un assez bon niveau d'économie. Et puis de plus, j'ai même depuis peu un endroit où dormir. Mon sac de couchage est en effet actuellement fourrée en boule dans un coin du garage souterrain du Super U local. D'accord, ce n'est pas l'hôtel, mais quand on est tout le temps habitué à avoir un toit et un vrai lit, on oublie qu'il existe des moyens bien plus humbles de se réconforter le soir. Et puis, vivre en sachant avec certitude qu'un endroit chaud et sec où dormir vous attends le soir, ça vous change un homme.

 

En attendant ce moment, je continue à tendre mon écuelle, adossé au mur de l'église, les jambes tremblantes de fatigue après des heures d'activité. Mais hors de question de continuer assis! Je ne fais peut-être pas un travail agréable mais j'ai encore assez d'amour-propre pour le faire dignement et continuer de me tenir droit! Je veux pouvoir regarder les passants dans les yeux, pas les voir se baisser pour me contempler.

 

Je suis peut-être SDF, mais je suis toujours un être humain.

 

Les heures passent. Il gèle. Ma main tenant l'écuelle est toute engourdie mais je n'ose pas stopper la manche une seule petite heure pour me permettre de me réchauffer. Dans le métier, une heure peut être précieuse! Peut-être que dasn cette heure-là, je récolterai un sourire, ou même une parole! Peut-être qu'un ange descendra de cette église pour me donner des gants et m'offrir un livre de contes que je pourrai lire à haute voix dans la rue. Ça distraira les enfants et ils auront moins peur de me regarder. Ou bien alors, peut-être que quelqu'un viendra m'apprendre à chanter, à passer mon temps à faire danser ma voix dans le voix et me réchauffer la gorge au passage, et ainsi faire de moi le nouveau Vitalis.

 

Mais je n'ai aucun livre en ma possession et je ne sais pas chanter. Je n'ai rien pour me distraire, contrairement à mes collègues musiciens et chanteurs. J'attends simplement debout, je regarde, je souris; et de temps à autres, je remercie.

 

Une petite fille au boucles blondes trotte dans ma rue la tête baissée, pleurant, tenue par la main par un homme costumé d'une quarantaine d'année à la démarche pressée et à la coiffure impeccable d'homme politique ou de chef d'entreprise. Il est penché vers elle et semble lui parler durement. Probablement en train de la réprimander pour je ne sais quelle raison. La petite pleure de plus belle.

 

Ils se dirigent vers la librairie située à côté de l'église. Lorsqu'ils passent à ma hauteur, j'entends l'homme murmurer sévèrement à son enfant: "Tu vois le monsieur? Si tu ne travailles pas un peu mieux que ça à l'école, tu finiras comme lui, tu devras demander des sous aux gens dans la rue pour pouvoir manger."

 

La réflexion en elle-même ne me peine pas (ça n'est pas la première fois que j'en entends de ce genre, on a tôt fait de s'y habituer) mais m'agace tout de même au plus haut point pour une autre raison. Je déteste l'habitude qu'ont ces gens aisés de nous montrer du doigt, de nous présenter à leurs enfants comme la partie de la population qui ne sait rien faire, qui ne sait ni lire, ni écrire, qui ignore jusqu'au sens du mot "école". Certes, il est naturel de vouloir penser ainsi: on a toujours besoin d'un grand méchant loup à blâmer dans les histoires. Mais je refuse de servir à terroriser une fillette insouciante. Je refuse qu'elle se mette à travailler par peur de me ressembler. On arrive à rien par la peur. Ou par le rejet.

 

La petite encore reniflante entre la première dans la librairie, tout en évitant soigneusement de me regarder, gênée par le discours de son père. Avant que ce dernier ne la suive, je lui empoigne fermement l'épaule pour l'obliger à se tenir vers moi.

 

Je sais qu'il existe de meilleurs moyens d'interpeller un inconnu mais la rue m'a appris que tout le monde est sourd à la voix seule d'un SDF.

 

L'homme me fixe, ahuri, visiblement choqué qu'un clochard aie osé le toucher. Il tente de se dégager mais je le tiens fermement. Le visage à dix centimètres du sien et enfin certain qu'il ne pourra rien faire d'autre que m'écouter, je délie enfin ma langue:

 

-J'ai un diplôme de maîtrise dans le bâtiment, vous savez. J'ai exercé la profession de maçon pendant plus de quarante ans.

 

Mon interlocuteur cligne des yeux, la bouche stupidement entrouverte. Il bredouille:

 

-Ça n'est pas... Ce que vous avez fait de votre vie ne me concerne pas. Si vous aviez su la garder stable, je...

 

-Ma jambe gauche s'est fragilisé avec les année, répliqué-je en lui coupant la parole. Je commençais à prendre de l'âge et j'ai perdu mon travail. Je n'avais plus assez d'argent pour payer ma maison donc j'ai été accueilli chez mes enfants. Je m'y rendais utile pour les remercier et les dédommager de ma charge en m'occupant de mes deux petits-fils. Puis, il y à trois mois, ils m'ont chassé quand ils ont estimé que les deux frères n'avaient plus besoin d'être surveillés. Ils m'ont mis à la porte avec les maigres bien que j'avais conservé. Avec seulement la moitié de mes économies. Et tout cela du jour au lendemain, car je ne leur était plus utile à rien. À eux comme à la société.

 

Les traits du visage de l'homme se crispent et son expression laisse transparaître un semblant de peur. Il commence à comprendre qu'un jour, peut-être, il sera dépendant de sa petite fille, sa petite fille qu'il semble pousser et rabaisser en permanence et si insensiblement.

 

Ouaip! Prend bien garde à l'image que tu forges de toi à ta gamine, monsieur costume, ou tu risquerait bien comme moi à long terme d'assassiner tes vieux jours.

 

 

 

***

 

 

À partir de maintenant, tu va devoir être fort.

 

Même à travers mes yeux rouges et gonflés de larmes, je parviens à remarquer son corps étrangement... neutre. Aucune courbe, aucun poil, aucun sexe... Pourtant, mon instinct me pousse à penser que s'il sexe il y avait, cela aurait été celui d'une femme. Je ne sais pas pourquoi j'ai cette impression; peut-être à cause de ses traits fins semblables à ceux d'un enfant.

 

Ses yeux sont noirs. Un noir impressionant, plus sombre qu'une tâche d'encre. Son visage est grave et son regard déborde de compassion. Qui qu'elle soit, elle

connaît mon désarroi. Elle sait Julie...

 

En fait, son apparence me rappelle un peu celle de l'autre créature blanchâtre enveloppée dans son grand manteau. Je serre mon poing gauche. Cette bague... c'est la créature qui a fait fuir Julie...

 

Stoppant le cours de mes pensées, l'étrange apparition mi-femme mi-fantôme souffle doucement sur moi et un mince filet de brume apparaît doucement autour de moi. Pas de la brume noire et nauséabonde comme celle de la bague, non. Une brume gris clair, aussi fine que de la vapeur d'eau.

 

Et à son contact, ça n'est pas de la détresse qui me traverse mais une autre étrange sensation, un sentiment doux-amer, comme un mélange de la beauté de Julie et de ma tristesse...

 

Contrairement à l'autre saleté noire, cet être-là est bien plus petit que moi, ses cheveux noirs se dressant au ras de son crâne m'arrivent à peine à l'épaule.

 

À partir de maintenant, tu vas devoir être fort.

 

Fort? Facile à dire... Si Julie ne veut pas de moi, je n'ai plus aucune raison de rester debout. Malgré la brume grise, je me sens complètement vide, complètement creux. Ça paraît surhumain de rester fort quand on n'a plus personne à aimer.

 

Je sais...

 

 

***

 

 

C'est à moi de vous guider! Comment peut-on espérer que j'y parvienne si vous ne m'en laissez jamais l'opportunité?!

 

Devant moi, dans l'encadrement de la porte, la commissaire Lionel attend mes directives:

 

-Pour le moment, nous les gardons en cellules d'isolement. Mais à long terme, que comptez-vous faire d'eux? On ne peut pas courir le risque de les relâcher dans la nature un jour.

 

Ce que je compte faire d'eux? Mais les faire taire, bien évidemment! Les faire disparaître, pas le choix! Les relâcher dans la nature? Ça serait de la folie. Ces fauteurs de troubles ne s'arrêteraient jamais de semer en tout sens les graines du chaos parmis la population, ils ne s'arrêterons jamais de déblatérer que je ne mérite pas ce pouvoir absolu que mon rang me confère. Sitôt relachés, ils reviendront immédiatement à la charge, luttant pour me voir tomber.

 

Mais si je ne m'occupe pas du système, qui le fera à ma place? Eux?

 

Contrairement aux deux agitateurs, j'ai une longue expérience du travail d'Etat, j'ai totalement conscience de ses besoins, de ses atouts et de ses tares. J'ai vu passer tant de conflits quand le pouvoir était aux mains de mes prédécesseurs, tant de problèmes, de négociations nauséabondes pour parvenir à des compromis malsains, tant d'insatisfaction générale, tant de haine patricide; je sais mieux que personnes les engrenages menant aux guerres civiles, aux luttes intestines. Je dois m'inspirer de ces échecs passés pour parvenir à forger une société solide, impossible à briser. Je n'ai pas le choix, je ne peux pas me permettre derelâcher ma poigne un seul instant, même si ça peut faire mal, si je veux étouffer dans l'oeuf les étincelles de l'anarchie.

 

-Les deux détenus devront être transférés à Sawa de manière permanente, demain à la première heure.

 

Lionel incline la tête et s'en va.

 

Une vie entière de service militaire. Une méthode radicale pour leur ré-apprendre le sens du devoir et de la loyauté envers la patrie.

 

La loyauté. La seule vertu capable de nous préserver de la débâcle.

 

Le lendemain, j'observe à travers la fenêtre de mon bureau les deux camarades encore menottés monter dans le camion, entourés de quatre soldats. Le plus jeune des détenus regarde dans ma direction, l'oeil éteint. Il me fixe, morne, et je peux voir mieux que jamais son visage tuméfié et ensanglanté.

 

Je n'y pouvait rien! Rien! Pourquoi n'êtes-vous pas restés à votre place? Pourquoi crier la liberté comme le font ces pays du Nord? N'ont-ils pas vu les dégâts qui en ont résulté là-bas? Les conflits, la haine, la déloyauté... Le peuple est une gigantesque créature que l'on doit dompter en utilisant à la fois le bâton et le morceau de viande. Mais si l'on cède dès qu'elle souhaite goûter à la viande, elle finira alors par ne plus nous demander l'autorisation. Elle la dévorera toute entière, ainsi que le dompteur, pour assouvir sa faim.

 

La liberté doit être mesurée avec la plus grande précaution. Ne rien donner de plus que l'essentiel. Un minimum absolu. C'est la seule façon d'empêcher les dérives. C'est la seule façon d'assurer leur sécurité.

 

 

***

 

 

 

-Peux-tu me donner l'autre moitié de la pomme, Edith?

 

Je soupire tout en m'exécutant. Au milieu de toutes nos merdes, on peut au moins être sûr que ce vieux bonhomme ne meurt pas de faim. Et quand il ne réclame pas sa pitance réglementaire, tout le monde n'arrête pas d'insister pour lui céder sa part.

 

Ce vieux prêtre inutile doit avoir l'estomac du Tout-Puissant en plus d'avoir son jugement. Encore que vu ce jugement... Les autres doivent sans doute prendre soin de lui par pitié.

 

Soudain, j'aperçois à proximité un autre pique-assiette potentiel: une petite pie au plumage épais gorgé d'eau de pluie, lorgnant silencieusement la demi-pomme que croque le vieillard. Pas sentimentale pour un sou, j'amorce un mouvement pour le dégager d'ici mais une main ridée me coupe dans mon élan.

 

-Laisse cet oiseau tranuille, veux-tu! Nous avons déjà bien assez de malheur pour ne pas en plus froisser une divinité.

 

-Une divinité! Ce n'est qu'une pie comme il y en a des centaines.

 

Peut-être qu'à force, de chercher à interpréter des messages du ciel, les prêtres finissent par voir des apparitions célestes partout. Le vieux doit perdre la boule.

 

-Bien sûr qu'il y en a des centaines! Des centaines de divinités potentielles!

 

-Je crois que vous vous égarez. Dieu n'est pas une nuée de pies, si? Et puis, il n'y a qu'un seul Dieu, pas des centaines.

 

-Nuance: Dieu est une seule entitée. Mais cette entitée est multiple!

 

Visiblement charmé par ses propres mots, le prêtre éclate d'un joyeux rire tandis que la pie mouillée continue de fixer son maigre repas. Personnellement, je ne sais quoi penser. J'hésite encore à trancher s'il s'agit d'une démonstration de sagesse ou de folie. Mais à ce qu'il paraît, les fous et les sages sonto souvent confonfus. Ça expliquerait.

 

Mais Dieu composé d'un ensemble...

 

-Qu'est-ce que vous voulez dire par là?

 

-Eh bien, poursuit le vieux, ravi d'obtenir enfin de l'attention, le nom de Dieu n'est qu'un titre, une étiquette pour parler de tous ces esprits qui foisonnent autour de nous!

 

Ses mains tourbillonnent dans les airs, cherchant sans doute à illustrer ses propros mais réussissant surtout à le faire passer pour un demi-noyé et à manquer de donner un coup à la pie qui bondit en arrière en ébouriffant les plumes de son poitrail, indignée. "Ce sont les esprits qui cherchent à nous guider! Certains viennent dans nos rêves! D'autres commandent les petits destins, les coïncidences, les hasards... Certains nous manipulent, d'autres nous soutiennent, et tous nous aiment à la folie! Ce sont eux qui forgent notre monde avec notre aide!"

 

Il conclut sa tirade par un immense sourire dépourvu de dents. Malgré le fait qu'il paraisse plus que jamais illuminé, ses paroles commencent à prendre un sens. Des esprits qui suivent nos chemins. Qui nous accompagnent. Qui nous... aiment?

 

Mais ce que je n'ai pas encore compris c'est...

 

-Quel rapport avec les pies?

 

-Ahaaaaah! il recommence alors à s'exciter, les yeux exhorbités dans une expression de pur bonheur, sans doute trop heureux d'avoir enfin trouvé quelqu'un à qui raconter tout cela. "Un esprit divin ne se montre pas toujours que dans nos rêves ou bien sous forme humaine, ma chère Edith!

 

-Il prennent le corps d'une... pie?

 

-Tout juste! Et après réflexion, quoi de plus logique? Des petits êtres blancs et noirs pour s'occuper des humains tout gris. Blanc et noir, vie et mort, bien et mal, amour et haine... Beaucoup d'opposés qui se réunissent en nous, pauvres mortels. Et il ne s'agit pas exclusivement de pies d'aileurs: n'importe quel animal vivant peut servir de réceptacle à ces apparitions! C'est la raison pour laquelle je ne mange jamais votre horrible poulet. D'ailleurs, tu devrais te mettre aux pommes, toi aussi. C'est plus sain et moins divin.

 

Des pommes à la place des poules. Mouais, idée à creuser. Mais une question commence à me tarauder:

 

-Vous en avez déjà rencontré un, n'est-ce pas? Vous semblez trop bien savoir de quoi vous parlez...

 

Les yeux du prêtres scintillent. Il cesse enfin tout mouvement brusque et lorsqu'il se remet à parler, c'est avec une intonation étrange que je ne lui avait jamais entendu auparavant.

 

-Une telle beauté... Eblouissante. Pas une beauté comme nous la percevons mais... quelque chose de plus fort, quelque chose de plus. Sa peau... Ni blanche ni noire mais toutes les nuances possibles de gris. Du plus clair au plus fonçé, qui ornaient ses bras comme des milliers de petites plumes. Une âme de la colère, torturée. Qui compatissait, qui voulait me soutenir, m'aider à accepter, à contrôler cette haine...

 

-De la haine? Venant de vous? Un prêtre?

 

Mais je n'obtint aucun complément d'information ce sujet. Le vieil homme était encore plongé dans les souvenirs de cette rencontre avec cet être mi-dieu, mi-humain, mi-oiseau, partageant sa souffrance comme s'il l'éprouvait. Un être débordant d'amour et de compassion pour les vivants, dans toute leur misère.

 

Le reste de pommes disparaît soudain derrière ses lèvres gerçées.

 

 

***

 

 

-Joël?

 

-hmm...?

 

-Combien de temps on va rester ici?

 

-Une petite semaine, je dirai. Détend-toi un peu s'il te plaît.

 

Et il se rendors.

 

Maintenant que je suis seule, je n'ai plus qu'à trouver une occupation pour tuer les deux prochaines heures. À court d'idée, je colle mon visage à la fenêtre et regarde les vieux immeubles mangés par les ronces et le lierre.

 

Ça m'effraie toujours autant d'imaginer que tous ces lieux étaient jadis remplis de vie... et de réaliser que tout est mort, à présent. J'ai l'impression parfois qu'on est devenu des bêtes sauvages. Courir, se cacher, se battre, tuer, tromper, voler, se démerder pour survivre...

 

Et pourtant, si je regarde tout ce qui m'entoure; à savoir une piaule agréable avec une guitare, un canapé et ce gros pépère de Joël vautré dessus, j'ai l'impression d'avoir quand même la belle vie.

 

J'ai quelqu'un avec moi. J'ai Joël.

 

Je m'asseois par terre et attrape sa guitare. J'ai qu'à m'entraîner à jouer les accords qu'il m'a montré ce matin.

 

Et tandis que quelques timides notes sortent hasardeusement de l'instrument, je me prend à réver que le monde ne se résume qu'à notre nid douillet, qu'à nos rires et nos entraides. Je rêve que tous nos ennuis ne sont que des cauchemars qu'ont essaie d'oublier ensemble.

 

Deux survivants.

 

 

***

 

 

Lorsque ma vie s'est arrêtée, les voix m'ont posé une question:

 

Où doit aller mon Destin? Mon fabuleux Destin d'Elue?

 

Ma réponse fut: auprès des humains. Je ne veux pas renoncer à l'espoir, je ne veux pas voir que le mauvais côté des vivants, ce mauvais côté que j'ai déjà trop expérimenté. Je veux pouvoir connaître les joies et les peines du monde, je veux pouvoir toucher du bout des doigts l'Amour... et par dessus tout, je veux aider les vivants, les aider à supporter toute cette douleur, toute cette haine qui les dévore. Leur apprendre à accepter la souffrance, à regarder au-delà, leur apprendre à voir la vie, à avancer, à ne pas s'arrêter à l'Assassin.

 

Je voulais pouvoir souffrir avec eux, moi qui aie toujours souffert seule.

 

Assassin, pour toi le vivant est noir, noir comme ton manteau. Pour l'Amour, il était blanc, un blanc pur et douloureux à regarder. Eh bien pour moi, après tous ces siècles, je les vois gris. Un beau, un magnifique gris rempli de nuances, de contrastes, rempli de beauté.

 

Quoi que tu fasses cette vision des humains te restera à jamais inconnue, elle n'appartient qu'à moi.

 

Et maintenant Assassin, entrevois-tu la fin?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le dénouement.... l'heure du Destin.

 

 

 

 

 

 

 

Le long des siècles, des millénaires....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jusqu'au terme...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



19/08/2018
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