Monde des Rêves 2.0 de Salomon Koubatsou

Monde des Rêves 2.0 de Salomon Koubatsou

La Rose et son miniputien

  Imagine-toi un peu être un lilliputien...

 

  Non, plus petit encore! Un miniputien.

 

   Tu te promènes depuis toujours entre les brins d'herbe, la mousse et les cailloux, tu patauges gaiement dans les petites flaques de rosée, tu contemples les jeux du soleil à travers toutes les tiges frissonnantes... Ta vie est belle entre les plantes.

 

   Et voilà qu'un matin, tu sens au milieu des marguerites et des pissenlits, un parfum inédit. Un parfum indescriptible, à tel point que tu ne sais réellement si tu le trouves subtil ou écoeurant. Mais à vrai dire, pour la première fois, tu te moques de savoir si tu aimes cette odeur car ta seule certitude est qu'elle ne peut venir que d'une plante inédite, une fleur exceptionnelle.

 

   Guidé par ce parfum, tu cours à travers les herbes et tu finis par tomber en arrêt devant la plus impressionnante des Roses. Sa tige est ferme et forte -rien à voir avec la platitude de celles des brins d'herbe et la faiblesse de celles des marguerites- non, celle-là est belle et puissante, s'élevant avec grâce et assurance vers le ciel. Et tout à son sommet, -tu dois te dévisser le cou pour l'apercevoir- orné de délicates feuilles vertes, palpite doucement le coeur de ce parfum si fou: une explosion sans précédant de rouge et de senteurs. Un feu d'artifice de sensations dont tu ne vois que les prémices, se trouve au sommet de cette Rose que tu ne demandes qu'à connaître. Ces pétales parfumés t'attirent inexorablement, tu cherches tout naturellement à t'approcher, tu te dis que tu pourrais tenter de grimper le long de la tige pour... Aïe! De terribles épines t'en empêchent, entourant son corps fonçé comme des fils barbelés. Impossible pour toi de contacter physiquement la Rose. Ces épines te défient de les effleurer; elles n'ont qu'une envie: te voir repartir en courant, sanguinolant.

 

   Le paradis t'es donc hors d'accès. Pourtant tu reviens tous les jours auprès de la mystérieuse fleur rouge, car après tout, il faut bien continuer à l'humer, ce parfum, ce divin parfum dont les effluves retombant à tes pieds sont comme des diamants échappés d'un précieux collier. Tu te dresses sur la pointe de tes tout petits pieds, tu appelles en vain la Rose, tu lui crie de te regarder. Mais la Rose est trop haute, elle ignore tout de ta présence, tout au plus la sent-elle quand tu tentes quelquefois d'escalader sa tige en dépit des épines. Un bref chatouillement qu'elle oublie l'instant suivant.

 

   Alors tu restes à ses racines, ivre de ses petits bouts de rien que tu aimerais tant pouvoir sentir à plein poumons. En fait, c'est même plus que ça: plus loin encore que connaître son coeur rougeoyant, tu veux tout savoir d'elle. D'Elle. Tu perds plaisir pour tes chères flaques d'eau et tu te demandes ce que l'on doit ressentir en goûtant l'eau de la bouche même des nuages, et la sentir glisser encore pure contre toi. L'ombre des plantes ne te suffit plus; tu veux, comme ta Rose, savourer le soleil directement sur ton visage. Tu souhaites nuits et jours trouver un moyen de parvenir là-haut, dans le territoire des coeurs de fleurs, là où les pétales se mélangent et s'épanouissent, là où toutes dansent ensemble, loin des colonies poussiéreuses de fourmis qui constituent ton paysage quotidien.

 

   Cette fleur, cette Rose, il faut que tu lui parles. Tu le sens dans ton corps. Car autour de toi, personne d'autre n'est attiré par l'incroyable effluve qui se dégage de son coeur. Personne ne souhaite la découvrir. Ce doux parfum n'existe que pour toi seul. C'est toi qu'il a choisi pour l'aimer à ce point! Ainsi, chaque jour un peu plus enivré, tu continues sans pause à tout tenter pour l'approcher. Bien que tu ne sois que miniputien, minipuceron d'une Rose qui sent si bon... Tu te dis que peut-être, si tu n'abandonnes pas, un jour, elle s'apercevra de ton amour.

 

  Reconnais-tu cette Rose? Sache maintenant que mon plus cher désir est que le vent se lève, défèrle sur le sol et fasse se courber ta tige épineuse. Alors, tes pétales rouges iront toucher le sol, et peut-être enfin me verras-tu, à tes pieds, amoureux.

 



31/10/2018
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