Monde des Rêves 2.0 de Salomon Koubatsou

Monde des Rêves 2.0 de Salomon Koubatsou

Chapitre 1: Eva

  Je tâte la poche de mon manteau. Le poignard est en place. Bien.

 

  Invisible dans mon inséparable manteau noir, voilà 10 minutes que j'attends derrière ce canapé, mon long corps étendu sur le sol pour plus de discrétion. Eva va bientôt arriver. Ce n'est qu'une question de seconde.

 

   Je roule délicatement des épaules pour empêcher l'ankylosement de s'installer. Je veille toujours à garder en forme mon aspect taillé pour la mort. Une silhouette fine dissimulant des muscles invisibles, un pas de félin; ajoutons à cela, un teint pâle, un regard blanc brouillard et de longs cheveux sombres recouvrant ma capuche et voletant au gré du vent derrière ma nuque; je suis l'Assassin. Et aujourd'hui, ma cible est Eva, cette grande femme aux joues teintées d'une délicate couleur rosée.

 

 

  Elle ne m'échappera pas. Personne n'a jamais su échapper à l'appel du destin.

 

  Personne ne m'a jamais vu à l'oeuvre dans ma besogne.

 

  Personne n'a jamais su m'arrêter lorsque le temps venait pour moi de prendre une vie.

 

   Discrétion et vitesse sont mes préceptes. Et, cessons la fausse humilité, j'admets volontier ne pas manquer d'imagination pour parvenir à mon but: diverses sortes de poison déposées dans un innocent verre d'eau, vapeurs toxiques inodores et incolores soufflées directement dans les narines, flaque sur laquelle on glisse, funeste objet posé au mauvais endroit au mauvais moment, corde furtivement enlacée à un cou dodu ou décharné, aiguilles du destin sautant des instants pour parvenir plus vite à l'échéance...

 

  Aujourd'hui, je travaillerai à l'arme blanche. Ce beau canapé a bien besoin d'un peu de sang.

 

  Ça y est, Eva est là! Mon souffle ralentit tandis que mon sang se met à battre la chamade contre mes tempes. Mais je tâche de ne pas me laisser aller à l'excitation et demeure immobile comme une pierre. Quelle sorte d'Assassin suis-je donc si je ne peux contrôler mes sensations!

 

   L'heureuse élue s'installe confortablement dans le canapé tout en feuilletant un livre jusqu'à une certaine page qu'elle lit d'un air profondément pénétré. Le silence dans la pièce est surnaturel. Je savoure fièvreusement cet instant unique entre tous. Eva va mourir dans un instant et ne s'en doute pas une seconde... Elle lit sans savoir qu'elle ne connaîtra jamais la fin de ce livre. Sans savoir que jamais plus elle ne quittera ce canapé. Que jamais plus elle ne refranchira la porte par laquelle elle est entrée ici. Sans savoir que je suis là, juste derrière elle, qui vais bientôt lui prendre sa précieuse vie. Elle ne connaîtra désormais plus rien d'autre que ce canapé. Et cette page. Pauvre innocence...

 

   Après avoir goûté tout mon soûl à l'ivresse de l'adrénaline, je me décide à passer à l'acte. Avec des mouvements de serpent, je me relève silencieusement et passe la tête au dessus du canapé. Son crâne est à quelques millimètres du mien, mais contrairement à moi, aucune lame n'est à sa disposition. Dire qu'elle ne se doute pas un seul instant de ma présence... Je sors mon petit couteau et l'approche délicatement de sa nuque. Le Temps s'arrête. Tous mes sens se rétractent dans mon poignet dont l'extrémité brille d'un éclat argenté. Ma respiration s'est tue.

 

  On pourrait presque penser que c'est moi le cadavre dans cette histoire. Je souris.

 

  Puis, avec une vitesse aussi silencieuse que dévastatrice, ma lame transperce l'air en même temps que le cou d'Eva.

 

  En une seconde, tout commence et se termine aussi sec. Le craquement répugnant des vertèbres brisés et des veines sectionnées. Un délicat suitement de sang.

 

   Eva n'a pas crié. Et à peine plus souffert. Elle est simplement assise, là, le haut du corps penchant en avant, la tête pendante, l'entraînant de plus en plus vers le bas. Et il ne faut pas longtemps avant que la totalité de son cadavre finisse par s'écrouler au sol avec le même bruit mat qu'une vulgaire poupée de chiffon. Inutile de cacher le corps. Ils croiront à un mertrier quelconque. Alors qu'en vérité, c'est bien moi qui l'ai tué. C'est moi qui l'ai tué!

 



11/07/2017
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